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Le nucléaire en France

L’industrie nucléaire fournit environ 80% de la production d’électricité et environ 20% de la consommation totale d’énergie en France. C’est un record mondial.

 
 






Mais depuis la découverte de la radioactivité par Henri Becquerel (1896) jusqu’au projet de recherche sur la fusion nucléaire avec le projet ITER, notre pays a forgé une culture scientifique et industrielle de l’atome sans équivalent : 100 000 personnes travaillent dans la filière nucléaire.
 

La nouvelle donne énergétique
 

« La population mondiale croît et s’enrichit. Nous aurons besoin de 40% d’énergie en plus d’ici 2030 », prévenait Nicolas Sarkozy en 2010. « J’ajoute que 80% de la croissance de la consommation électrique d’ici 2030 viendra de pays émergeants ».
Depuis le début de l’année, dix-sept pays ont officiellement déposé à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) des dossiers pour construire leurs premières centrales. Rien qu’en Chine, 16 réacteurs EPR sont en actuellement en chantier.
C’est donc au moment où l’énergie nucléaire civile sort de ses frontières traditionnelles pour connaître un développement véritablement planétaire que la catastrophe japonaise remet au premier plan la question du risque majeur lié à son exploitation.
Deux éléments pourraient instruire le débat qui aura lieu dans l’opinion publique et fonder les décisions des pouvoirs politiques :
 
- les facteurs fondamentaux qui ont relancé le nucléaire restent d’actualité. Chaque nouvelle centrale permet de réduire la dépendance aux hydrocarbures tout en produisant de l’électricité sans gaz à effet de serre. (6g de CO2 par kWh contre 430 g pour le gaz et 800 g pour le charbon).
C’est pourquoi l’Europe vient d'inscrire le nucléaire parmi les énergies « décarbonées» au même titre que l'hydraulique, le solaire ou l'éolien.
Cette décision conforte une revendication française au terme de laquelle chaque pays qui s’engage dans le nucléaire civil pourrait bénéficier de crédits carbone et du concours des institutions financières internationales. La Banque mondiale, la Berd, comme les banques de développement contribueraient alors directement au financement des nouvelles centrales comme à la réalisation des objectifs de réduction globale d’émission de gaz à effet de serre.
 
- un tel développement du nucléaire n’est possible que si l’on s’assure des moyens de s'en servir de façon durable, prévisible et sûre. La France dans ce domaine a montré une volonté « très forte », selon l’AIEA, de réviser l’ensemble des normes de sûreté.
 

Quelles leçons après Fukushima ?

 
Des tests de résistance vont être conduits dans toutes les centrales nucléaires européennes pour savoir comment elles se comporteraient face à des risques similaires à ceux qui ont conduit à la catastrophe de Fukushima.
 
Le but de cette évaluation décidée par le Conseil de l’Europe est de s’assurer de la robustesse et des marges de sûreté des 167 réacteurs nucléaires européens face à trois type de risques :
- événements naturels (séismes, inondations, tempêtes,…)
- pertes d’alimentation électriques et de refroidissement
- accidents graves avec endommagement du combustible
 
Il s’agira de vérifier le comportement des installations sous « conditions extrêmes, même si ces événements ont une faible probabilité d’arriver. Et d’aller jusqu’au bout de ces scénarios en se demandant ce qui se passe lorsque les parades prévues échouent », explique l’ASN.
Pour la première fois, la procédure d’évaluation ne tient pas compte de la probabilité de réalisation des risques. C’est une rupture avec la culture de sûreté qui prévaut actuellement dans le monde industriel.
 
Fin avril, un cahier des charges précis des tests de résistance a été établi. Les opérateurs auront six mois pour s’y soumettre, puis les autorités européennes de sûreté rendront leurs conclusions trois mois plus tard. « Si une centrale ne passait pas ces tests, elle serait fermée », a tranché Nicolas Sarkozy à l'issue d'un sommet européen à Bruxelles.
Par ailleurs, EDF vient de présenter un programme d’action qui vise à renforcer la sûreté et la maîtrise de son parc.
L’opérateur envisage notamment de créer une force d’intervention rapide capable d’opérer sur n’importe quel site pour faire face à la perte d’alimentation électrique et à la défaillance des systèmes de refroidissement en eau de plusieurs réacteurs. Cette équipe serait pourvue de gros moteurs Diesel pour rétablir les circuits vitaux d’une centrale endommagée.
 
 

Quelle politique énergétique pour la France ?

 
Les objectifs de la politique énergétique française sont fixés par la loi (13 juillet 2005) :
-  contribuer à l’indépendance énergétique nationale et garantir la sécurité d’approvisionnement
- assurer un prix compétitif de l’énergie
- préserver la santé humaine et l’environnement, en particulier en luttant contre l’aggravation de l’effet de serre.
- garantir la cohésion sociale et territoriale en assurant l’accès de tous à l’énergie. 
 
Quel est le bilan de l’énergie nucléaire au regard de ces critères ?
Le cours moyen de l'uranium, peu élevé, n'intervient que pour environ 5% dans le coût total de production du kWh électrique : son prix est plutôt stable. L’uranium est extrait dans des régions du monde diversifiées (une dizaine de pays) et Areva est souvent associé à la propriété des gisements et à l’extraction du minerai. Les réserves prouvées correspondent à 140 ans de production, un ordre de grandeur courant dans le domaine de la prospection minière. (source : statistique énergétiques de l’Union Européenne).
 
Grâce à la production d’énergie nucléaire (58 centrales d’une puissance totale de 63 GW), notre taux d’indépendance énergétique est passé de 22% en 1973 à 50% aujourd’hui.
On peut ajouter que la part prépondérante du nucléaire dans la production d’électricité (78%) associée à l’hydraulique (12%), couvre 90% de nos besoins en électricité sans émission de gaz à effet de serre.

Combien coûte le nucléaire ?

Le prix de l’électricité en France est l’un des plus bas en Europe.
Mais cette statistique est contestée du fait que son coût global n’est pas chiffré à ce jour. La Cour des comptes a donc été chargée d’un audit sur la filière électronucléaire en France, sur son coût, sur son financement, y compris en tenant compte du prix du démantèlement des centrales. Le ministère de l’écologie a annoncé la publication de cette étude –la première du genre- d’ici quelques mois.
 
Deux réacteurs de nouvelle génération en projet

L’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) est la seule compétente et habilitée à se prononcer sur la fermeture ou la prolongation de vie de chaque réacteur.
Cependant, dans une perspective strictement économique, la programmation pluriannuelle des investissements (PPI) électricité prévoit la mise en service de deux réacteurs de nouvelle génération (EPR) à eau pressurisée, le premier à Flamanville étant prévu en 2012, le deuxième à Penly en 2017.
Ces nouvelles capacités de production sont mises en œuvre pour faire face à d’éventuelles fermetures décidée par l’ASN et pour préparer le renouvellement du parc actuel qui devrait être prolongé au-delà des 40 ans.
 
Les avantages de l’EPR, sont un meilleur rendement (10% d'électricité en plus avec le même volume d'uranium), une sûreté notablement améliorée et une utilisation accrue du combustible, ce qui permettrait de recycler davantage de déchets issus des réacteurs actuels.
 
Un avenir tourné vers la coopération internationale

Depuis 2007, la France a triplé le nombre d’étudiants dans le nucléaire et souhaite passer à la vitesse supérieure en créant un Institut international de l’énergie nucléaire qui abritera une école largement ouverte aux étudiants étrangers. Il s’agira d’offrir une formation de très haute qualité et de créer le plus grand campus d’Europe à Saclay et à Cadarache.
Cet Institut fera partie intégrante d’un réseau international de Centres d’excellence spécialisés en cours de constitution.
 
Par ailleurs, La France, avec sept grands partenaires représentant une trentaine d’Etats, a lancé le grand projet ITER (iter.org/fr), expérience scientifique à très grande échelle qui doit démontrer la faisabilité scientifique et technologique de l'énergie de fusion et ouvrir ainsi la voie à son exploitation industrielle et commerciale.
Un projet chiffré à 10 milliards d’euros mené sur le site de Cadarache. La construction des installations a commencé en 2010, les premières expérimentations dans la plus grande enceinte de confinement magnétique au monde sont programmées à partir de 2020.
 
 

Pour en savoir plus sur la filière nucléaire :

 
Crée en 2001, Areva est le résultat de la fusion de Cogema, Technicatome et Framatome. Le groupe gère l’amont et l’aval de la filière nucléaire : exploration et exploitation des mines, enrichissement de l’uranium, fabrication du combustible nucléaire, conception et construction de réacteurs nucléaires, recyclage des combustibles usés, services de transport, d’assainissement et de démantèlement.
 
Exploite les 19 centrales nucléaires françaises, parc qui produit 410 milliards de kWh par an.
 
Le Commissariat à l’énergie atomique effectue des recherches sur les déchets nucléaires, l’optimisation du nucléaire industriel et les systèmes nucléaire du futur.
 
L’autorité de sûreté nucléaire est composée de 450 agents, 150 M€ de budget et diligente 800 inspections par an dans les installations nucléaires et le transport de substances radioactives.
 
L’institut de radioprotection et de sûreté nucléaire est l’organisme public chargé de l’évaluation des risques en matière nucléaire et radiologique ainsi que de l’appui opérationnel en cas de crise majeure ou de situation d’urgence radiologique.
 
 
 

 

Écrit par Hervé Tusseau le 20/06/11
  
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