Le scenario de la crise actuelle se déroule à partir de la chute de la banque américaine Lehman Brothers. Fin 2008, les banques centrales et les Etats ont injecté de l'argent dans les banques fragilisées par des créances douteuses. Ils augmenté d'autant plus massivement les dépenses publiques qu'il fallait aussi répondre à la pire menace de récession que l'emploi et l'activité économique mondiale aient connu depuis les années 30.
Dans le même temps, les investisseurs échaudés par leurs pertes sur le marché des actions, se sont précipités sur les emprunts d'Etats qui ont pu être financés à des taux raisonnables, malgré des taux d'endettement de plus en plus pharamineux: les Etats étant considérés comme les débiteurs les plus sûrs, personne n'a cru à un défaut de paiement.
Jusqu'au moment où la Grèce, l'Irlande (novembre 2010) et le Portugal (printemps 2011) se trouvent confrontés à l'impossibilité d'acquitter les seuls intérêts de leur dette. C'est ainsi que le pacte de stabilité de l'euro volait en éclats. Et avec lui, le fondement de la confiance en notre monnaie européenne.
Régler définitivement le problème de la dette grecque
Comment en est-on arrivé là ?
A l'automne 2009, le gouvernement Papandréou à peine élu sur un programme de dépenses publiques annonce l'ampleur réelle du déficit: au lieu des 3,7% officiellement prévus, il se chiffre à plus de 15%.
En d'autres termes, le pacte de stabilité européenne n'a ni été surveillé, ni respecté. La Commission européenne n'a pas sanctionné les Etats défaillants par manque de courage politique, mais aussi parce que pour contrôler efficacement les finances publiques des Etats, il faut les contrôler a priori et non a posteriori comme c'est encore le cas aujourd'hui.
C'est ce qui explique, en partie, que la question de la dette grecque soit devenue un feuilleton : 110 milliards d'aide en mai 2010, 110 milliards à nouveau en juillet 2011 et annulation en octobre de 50% de la dette de 350 milliards que la Grèce ne remboursera probablement pas, tout comme le Portugal.
Ces deux pays sont en réalité insolvables: l'industrie n'y existe quasiment pas, ce qui rend leurs déficits extérieurs chroniques. Ils n'arriveront jamais à dégager des marges d'autofinancement en dehors des mesures qui appauvrissent les particuliers et les entreprises. Christine Lagarde, directrice du FMI, souligne l'irréalisme des efforts demandés. "Par exemple, nous leur demandions de privatiser chaque année l'équivalent de 5 % de PIB. C'est comme si en France, on privatisait 100 milliards d'euros par an pendant dix ans".
Par conséquent, il faudra soit écarter ces pays de la zone euro au risque de la mettre en danger, soit les "sanctuariser" en tant que région très pauvres de l'Europe et les subventionner comme on le ferait pour leurs voisins.
Car, aujourd'hui, des milliers de résidents albanais en Grèce sont repartis dans leur pays. Tout comme la frontière de la pauvreté contenue au sud de Gibraltar gagne désormais le sud de l'Espagne et du Portugal…
Comment peut-on en finir avec cette crise financière ?
Une première étape décisive a été franchie avec les accords du 27 octobre 2011, puisque les banques ont accepté de renoncer volontairement à la moitié de leur créance sur la Grèce.
Celle-ci utilisait en réalité les aides pour servir les taux très élevés exigés par les banquiers. Cette situation absurde a pris fin.
Pour autant, la confiance dans la zone euro qui a été la préoccupation constante du couple franco-allemand depuis deux ans, n'est toujours pas restaurée. Comment y parvenir?
- Un futur trésor central européen
L'Europe ne maîtrise pas complètement sa monnaie, car la Banque centrale Européenne ne dispose pas des caractéristiques d'un prêteur en dernier ressort -comme le Trésor américain- qui garantit toute la chaîne des engagements et dont l'intervention permettrait de soutenir, sans réserve, les Etats solvables mais à court de liquidités.
L'Europe est donc par nature vulnérable aux paniques et aux effets de contagion. Et sa monnaie a été seulement conçue pour le beau temps, comme le constatent beaucoup d'observateurs.
Certes, la BCE a mis la main à la poche en achetant près de 160 milliards d'obligation d'Etat depuis la mi 2010. Mais elle ne peut pas institutionnaliser ces interventions, au vu de son mandat. Ses actions sont lentes et peu réactives.
Un Fonds européen de stabilité financière (FESF) a donc été crée. Ce n'est pas seulement un fonds de sauvetage. Il peut aussi émettre des obligations, recapitaliser les banques, acheter de la dette souveraine, autant d'attributions qui préfigurent un futur Trésor européen et que personne ne pouvait seulement imaginer il y a un an.
Une nouvelle vague d'intégration financière a donc commencé en Europe. Elle se poursuivra avec le mécanisme européen de stabilité (MES) qui remplacera le FESF à partir de juillet 2013 :
- ce nouveau dispositif permanent ira plus loin. Il sera doté du statut de créancier privilégié et pourra initier des actions collectives: il suffira d'une majorité qualifiée pour décider, en réalité, d'une restructuration des dettes européennes.
- par ailleurs, rien n'empêche de former une cellule de coordination des politiques d’emprunt des Trésors allemand, néerlandais, italien et français afin de renforcer la discipline budgétaire et la coopération économique.
Ces différentes initiatives vont progressivement former le futur système institutionnel de protection de l'Euro.
Pour l'heure, les spécialistes s'accordent sur le fait que l'actuel FESF n'est pas suffisamment doté avec ses 750 milliards de fonds correspondant au seul périmètre de la crise financière de petits pays.
Il en faudrait entre 2000 et 3000 pour lever les inquiétudes spéculatives sur l'Italie ou l'Espagne. Une force de frappe qui permettrait de prêter à court terme des masses financières très importantes.
Mais Berlin s'y oppose pour le moment, arguant du fait que le laxisme budgétaire- encouragé par ces interventions monétaires- pourrait même finir par les instrumentaliser purement et simplement.
- En finir avec l'opacité du système
Ce manque de confiance traduit une autre crise, celle de l'information. Comment prendre des décisions alors que les éléments sur lesquels elles se fondent ne sont pas fiables ?
L'été dernier, toutes les banques européennes ont subi des tests qui ont montré qu'il n'y avait pas de problème sérieux et qu'elles avaient de la trésorerie. Trois mois après, Dexia est en faillite noyée sous 80 milliards d'actifs toxiques. La banque avait mieux réussi ces tests que la plupart des grandes banques françaises…
Aujourd'hui, on parle de recapitaliser l'ensemble du système bancaire européen.
Il semble, à cet égard, que la machine à crédit qui a longtemps fonctionné pour soutenir la croissance, ne fonctionne plus.
Les banques sont prudentes, les ménages également.
Sur le plan macro économique, la zone euro a permis depuis dix ans aux pays les plus faibles de bénéficier de taux d'intérêt très bas: ils ont moins servi a développer l'outil de production qu'à alimenter une bulle immobilière et la consommation de produits d'importation.
L'Europe est donc dans une impasse de ce point de vue, confrontée à une grande masse d'endettement privé tout en n'ayant aucune politique de réindustrialisation.
Le choix de la Banque centrale européenne de baisser pour la première fois en pleine crise son taux directeur, illustre peut être une nouvelle priorité des dirigeants. Et si la priorité accordée jusqu'ici à la lutte contre l'inflation passait au second plan, au profit de la lutte pour la stabilisation des économies ?
Dans ce schéma, il faudrait sans doute aller plus loin en examinant de plus près deux options:
- la création des fameux "Eurobonds" par le biais d'une agence européenne qui emprunterait sur les marchés pour la totalité de la zone euro. Elle redistribuerait ensuite les prêts selon les besoins de chaque pays, en limitant les écarts de taux.
- taxer chaque transactions financière pour alimenter systématiquement le MES. Cette option ne pourrait entrer en vigueur que si cette taxe est adoptée au plan mondial. Le G 20 y est pour le moment hostile.