Près de 90% des universités sont autonomes depuis cette année, deux ans avant l'échéance prévue par la réforme qui doit conduire 50% de notre jeunesse vers un diplôme de l’enseignement supérieur et faire de nos universités des pôles d’excellence. Ou en est-on aujourd'hui ?
La souplesse, clé du dispositif
Chaque université gérera son budget et son parc immobilier comme bon lui semble, les professeurs seront recrutés selon des critères établis par l‘université elle-même en fonction de son projet d'établissement : la loi d'août 2007 sur l’autonomie des universités prévoit que les 83 universités françaises seront toutes autonomes en 2012. Un plan en cinq ans qui aura apporté 15 milliards de crédits publics pour refonder un système en panne: 90 000 étudiants en sortent chaque année sans diplôme et nos universités sont quasi absentes de la scène internationale.
En quoi l'autonomie peut-elle être un facteur de réussite?
La liberté budgétaire et de gestion des ressources humaines est une caractéristique des grandes écoles (HEC, IEP, X, ENA, etc.) qui ont depuis longtemps construit leur modèle pédagogique propre.
Chaque université accède donc à de nouvelles compétences, une souplesse dont elle doit tirer parti pour créer sa propre offre de formation tout en disposant de nouveaux outils pour favoriser la réussite des étudiants.
Dans ce nouveau schéma, l’Etat impulse, accompagne, évalue. L’université agit.
Ce qui change pour les étudiants
- Accompagnement pédagogique
Le principal objectif du gouvernement est d’aboutir à ce que 50% d’une classe d’âge parvienne au niveau de la licence (objectif de Lisbonne). Un certain nombre de « bonnes pratiques » se généralisent donc pour proposer à terme un accompagnement personnalisé : l’étudiant aura un stage de pré-rentrée et signera avec son université un contrat de réussite avec des engagements réciproques.
Il aura un enseignant référent pour faire le point sur sa situation, à la fin du premier semestre et à la fin de l’année, avec la possibilité à chacun de ces rendez-vous d’avoir des cours de tutorat pour mieux acquérir les fondamentaux ou pour bénéficier d’une réorientation.
- Insertion professionnelle
Actuellement, plus de 50% des étudiants sont à la recherche d'une première embauche, un an après avoir obtenu leur diplôme.
L'université est donc chargée d'une mission d'aide à l'insertion professionnelle des étudiants qu'elle forme. Des bureaux d’aide à l’insertion professionnelle (BAIP) publient des annonces, mais surtout assistent les étudiants pour la recherche de stages et du premier emploi en lien avec les formations proposées par l’université.
Cette obligation rend inéluctable le développement des échanges entre l’université et le tissu économique qui l’entoure.
- Coup de pouce financier
L'université pourra désormais recruter plus facilement ses étudiants pour du tutorat ou des tâches dans les bibliothèques.
Par ailleurs, dès la quatrième année d'étude, les étudiants qui se destinent aux métiers de l'enseignement pourront donner des cours afin de se former, en alternance, à leur futur poste.
Ils seront rémunérés de 3000 à 6000 euros par an pour un contrat de 3 à 6 heures d'enseignement par semaine ou pour un contrat d'assistant pédagogique à mi-temps. Plusieurs centaines de jeunes sont concernés par ce nouveau cursus qui sera proposé, dès l'année prochaine dans une trentaine d'universités et accessible en priorité sur des critères sociaux.
Ce qui change dans l’organisation
- Les fondations : une ouverture au monde
Depuis 2007, une quarantaine de fondations ont vu le jour au sein des universités françaises, une soixantaine d’autres sont en projet.
Elles permettent aux universités de créer en leur sein « une ou plusieurs œuvres ou activités d'intérêt général et à but non lucratif conformes aux missions du service public de l'enseignement supérieur ».
Pour cela, elles peuvent mobiliser le financement d'entreprises qui bénéficient de déductions fiscales (60% du montant du don). Ces nouveaux budgets servent à valoriser la recherche et l’innovation en créant des chaires, des prix de thèse ou des bourses. Ils peuvent aussi permettre à l’université de se développer à l’international et de s’ouvrir à la vie économique.
En 2010, plus de 60 M€ de dons ont été collectés par les 39 fondations universitaires. Les entreprises qui financent en grande masse un établissement auront sans doute une influence sur les programmes. Mais on peut aussi observer que les masters universitaires les plus recherchés sont précisément ceux qui sont conçus en partenariat avec l’entreprise.
- Le budget : ouverture à la concurrence et au regroupement
Chaque université est poussée à se mobiliser dans une dynamique propre, à développer des initiatives locales et dispose par conséquent des moyens de gestion sur 100% de son budget: titulariser ses enseignants, organiser leur avancement, les recruter en CDD ou en CDI et décider des salaires, primes et intéressement de chacun.
Tout le monde ne pourra pas recruter des « nobelisables » et se distinguer plus généralement par la qualité de son offre.
Néanmoins, l’opération campus (5 milliards d’euros) qui doit aboutir sur la création à partir de 2011 de 12 campus d’excellence -vitrine française de l’université au plan international- favorise les regroupements de moyens et de projets : 46 universités et 40 écoles seront à l’origine de ces douze sites, chaque Campus étant relié sur le plan urbanistique et architectural pour promouvoir une ambition scientifique et pédagogique commune.
- Le patrimoine : variable d’ajustement du parc universitaire
C’est à partir de 2011 que le processus de transfert du patrimoine immobilier commence avec les cinq premières universités volontaires (Clermont-I, Poitiers, Toulouse-I et l'université de Corte, Pierre-et-Marie-Curie).
Les universités pourront acheter ou vendre immeubles et terrains, faire des travaux afin d’ajuster le parc à leur activité et à la demande.
Ce qui ne change pas :
- Aucune disposition de la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU) ne concerne les frais d'inscription. Il s'agit toujours d'une compétence de l'Etat qui les fixe par arrêté chaque année.
- Les diplômes restent nationaux.
- L'entrée à l'université reste soumise à l'obtention du baccalauréat. Chaque étudiant à la garantie d’inscription dans l’académie où il a passé son Bac avec succès.