Nous le savons tous, l’espérance de vie s’allonge et avec elle, le nombre de personnes âgées dépendantes. Dans ce contexte, la prise en charge du grand âge est devenue un enjeu crucial dans l’opinion française, dépassant les clivages politiques et idéologiques.
Personnes dépendantes : 1 million de personnes de plus de 60 ans en France
Le vieillissement de la population est un bouleversement de la société qui ne fait que commencer. En 60 ans, le nombre des Français âgés de 75 ans et plus a été multiplié par cinq. On dénombre aujourd’hui près d’un demi-million d’individus âgés de 90 ans et plus.
Selon les chiffres publiés en octobre 2006 par la Direction de la Recherche des études et de l’’évaluation des statistiques (DRESS), près d’un million de personnes de plus de 60 ans (971 000) sont dépendantes en France : 39% présentant une dépendance physique, 26% des troubles du comportement ou une désorientation dans l'espace et dans le temps sans lourde perte d'autonomie physique, 35% des troubles à la fois physiques et psychiques.
D’après l’étude « Les français et le grand âge » réalisée par TNS Sofres pour la Fédération Hospitalière de France (mai 2009), près d’un français sur trois (32%) déclare avoir dans son entourage proche une personne âgée dépendante, en perte d’autonomie physique ou psychique et dans 21% cas il s’agit d’un parent proche (père, mère, grands-parents ou arrière grands-parents).
Une prise en charge de la dépendance à anticiper pour l’avenir
Selon l’Insee, le vieillissement de la population française conduira dans les années à venir à une augmentation du nombre de personnes âgées dépendantes. Ainsi, en supposant une stabilité de la durée de vie moyenne , 1 200 000 personnes seront dépendantes en 2040.
Aujourd’hui, leur prise en charge associe solidarité familiale et solidarité collective, par le biais de prestations. Ces deux formes de solidarité évolueront aussi. La solidarité familiale pourrait diminuer en raison de la baisse du nombre moyen d’aidants potentiels.
La dépendance : un état liée le plus souvent à l’âge et à la vieillesse
La dépendance est définie comme le besoin d’aide des personnes de 60 ans ou plus pour accomplir certains actes essentiels de la vie quotidienne. Elle est liée non seulement à l’état de santé de l’individu, mais aussi à son environnement matériel.
La dépendance est corrélée à l'âge, l'autonomie des personnes diminuant à mesure qu'elles vieillissent.
Ainsi, alors que 2% seulement des personnes âgées de 60 à 70 ans sont dépendantes, plus de 10% des personnes de plus de 80 ans le sont, et 18% des personnes de plus de 85 ans sont concernées, ainsi que 30% des personnes ayant dépassé 90 ans.
Statistiquement avoir fait des études supérieures diminue significativement le risque de dépendance. De même, les femmes ayant deux ou trois enfants encore vivants sont, jusqu’à 80 ans, moins souvent dépendantes.
Evaluer la dépendance : des outils pour vous aider
Plusieurs grilles d’évaluation sont utilisées pour mesurer la dépendance, mais la grille nationale AGGIR (autonomie gérontologique groupes iso-ressources), fondée sur l’observation des activités quotidiennes de la personne âgée, sert de référence pour évaluer le degré de perte d'autonomie ou le degré de dépendance, physique et psychique. Elle est utilisée pour l’attribution de l'allocation personnalisée d'autonomie (APA).
L'évaluation de la dépendance se fait sur la base de dix critères relatifs à la perte d'autonomie physique et psychique :
- Cohérence
- Orientation
- Toilette
- Habillage
- Alimentation
- Elimination (élimination urinaire et fécale)
- Transferts
- Déplacement à l’intérieur
- Déplacement à l’extérieur
- Communication
Dans l’évaluation de la dépendance, sept autres variables sont également évaluées, sans toutefois intervenir dans le calcul du GIR: gestion, cuisine, ménage...
Six niveaux de dépendance : les GIR
Les six GIR (Groupes Iso-Ressources) issus de la grille AGGIR définissent ainsi le degré d'autonomie des personnes :
• le GIR 1 comprend les personnes âgées confinées au lit ou au fauteuil, dont les fonctions mentales sont gravement altérées et qui nécessitent une présence indispensable et continue d'intervenants ;
• le GIR 2 concerne les personnes âgées confinées au lit ou au fauteuil, dont les fonctions intellectuelles ne sont pas totalement altérées et dont l'état exige une prise en charge pour la plupart des activités de la vie courante. Ce groupe s'adresse aussi aux personnes âgées dont les fonctions mentales sont altérées, mais qui ont conservé leurs capacités de se déplacer ;
• le GIR 3 réunit les personnes âgées ayant conservé leur autonomie mentale, partiellement leur autonomie locomotrice, mais qui ont besoin quotidiennement et plusieurs fois par jour d'être aidées pour leur autonomie corporelle ;
• le GIR 4 intègre les personnes âgées n'assumant pas seules leurs transferts mais qui, une fois levées, peuvent se déplacer à l'intérieur de leur logement. Elles doivent parfois être aidées pour la toilette et l'habillage. Ce groupe s'adresse également aux personnes âgées n'ayant pas de problèmes locomoteurs mais devant être aidées pour les activités corporelles et pour les repas ;
• le GIR 5 comporte des personnes âgées ayant seulement besoin d'une aide ponctuelle pour la toilette, la préparation des repas et le ménage ;
• le GIR 6 réunit les personnes âgées n'ayant pas perdu leur autonomie pour les actes essentiels de la vie courante.
Seuls les quatre premiers GIR de la grille nationale permettent de bénéficier de l'APA.
Calculez le niveau de dépendance avec la grille Aggir
Une charte des droits et libertés pour protéger les personnes âgées dépendantes
La Fondation nationale de gérontologie est un centre national de ressources sur les questions relatives à la vieillesse et au vieillissement. Siègent notamment à son conseil d’administration les caisses nationales d’assurance maladie, l’Inserm, AGIRC- ARRCO…, les ministères associés au sujet étant membres de droits.
Elle a publié, en 2007, une Charte des droits et libertés de la personne âgée en situation de handicap ou de dépendance qui fait désormais référence pour tous les intervenants du secteur. Cette Charte a pour objectif d’affirmer la dignité de la personne âgée en situation de handicap ou devenue dépendante et de rappeler ses libertés et ses droits ainsi que les obligations de la société à l’égard des plus vulnérables.
De plus pour protéger les personnes dépendantes, le Code Pénal a introduit les notions :
• de vulnérabilité liée à l âge, elle majore les peines de réclusion. (art: 311-12 CP),
• de délaissement (art: 223-3 CP),
• de l’abus frauduleux…de la situation de faiblesse d’une personne dont la particulière vulnérabilité due à son âge (art: 311-4 CP).
Ces notions qualifient l’acte de l’auteur et sont l’élément constitutif de l’infraction (actes de commission et d’omission) commise sur une personne dépendante.
Pour en savoir plus sur la dépendance des personnes âgées
Etude complète de l’Insee
La grille de définition de la dépendance AGGIR
La charte (en version intégrale ou abrégée)
